Reportage

Pour des festivals fabuleux, il n’est pas nécessaire, en tant que Belge, de franchir la frontière. Pourtant, chaque année, il y a cette petite fois où nous ne pouvons résister à la tentation. Nous partons à Barcelone, ‘faire une infidélité’ au festival Primavera Sound. Et l’édition 2019 fut à nouveau une telle fête. Et nous attendons déjà 2020 avec impatience.

Musique entre ville et mer

Les jambes d’un festivalier de Primavera Sound sont mises à rude épreuve sur les terrains du Parc Del Fórum. Une longue artère en béton entre la ville et la Méditerranée où, par le biais de quelques gigantesques transformations architecturales, des choses étonnantes sont réalisées avec des brises marines rafraîchissantes, de l’énergie solaire et des panoramas incomparables. C’est là que l’organisation déploie chaque année une douzaine de podiums, où plus de 200.000 visiteurs issus de plus de 100 pays différents viennent profiter pendant trois jours de concerts live fabuleux et souvent uniques dans un endroit qui l’est tout autant.

Coup double

Dans un article précédent, nous évoquions déjà le coup double ou la combinaison du Primavera Sound avec un city-trip à Barcelone. Cette édition 2019 a aussi permis à tous ceux qui ont fréquenté la ville et le festival de bénéficier d’agréables températures printanières méditerranéennes. Sur les six dernières éditions, nous ne nous souvenons d’ailleurs que d’une journée et demi de légère pluie qui n’a ni gâché la fête de concerts mémorables, ni le plaisir d’une visite au Fundacaó Joan Miró.

En mode découverte

Les premiers sons résonnent des haut-parleurs aux alentours de 17h30, pour les grands noms, vous serez encore largement à temps à 19h. Bref, de quoi encore parfaitement  – même après une nuit revigorante (et aussi une matinée à partir du jour 2) – faire un peu de shopping, s’imprégner de la culture ou déjeuner agréablement. Partez certes assez tôt pour découvrir quelques petits nouveaux en prélude à la montée sur scène des cadors. Qui sait, vous pourrez peut-être un jour, au comptoir d’un bar, raconter à vos amis l’histoire de cette superstar que vous aviez vue il y a des années de cela à Barcelone.

Nobody is Normal

Primavera est l’un des derniers grands festivals de musique européens indépendants et cela se voit. Cela se voit à l’affiche unique, où l’organisation suit obstinément sa propre voie et où il n’est pas rare de voir des artistes qui viennent encore se produire par la suite en Belgique ou ailleurs durant l’été des festivals. Cette singularité se remarque aussi au niveau des oeuvres caritatives sponsorisées et cette année fut également placée entièrement sous le signe du slogan ‘Nobody is Normal’. Une dénonciation non dissimulée du traitement de la violence à l’égard des autres appartenances sexuelles. Un bon message, qui a été repris à sa manière par plus d’un artiste sur le podium, mais qui n’a, toutefois, jamais dominé ou pris le pas sur l’expérience musicale.

Grandes dames

Ou peut-être quand même, mais d’une manière indirecte et intéressante. C’est ainsi que l’affiche 2019 pouvait être perçue comme une liste ronflante des femmes les plus importantes du monde de la pop, du hiphop, de la soul, du funk, de l’electro, de la dance, du rock et autres de ces trois dernières décennies. Nous avons ainsi assisté à des performances inoubliables d’Erykah Badhu, Neneh Cherry, Roisin Murphy, Christine and the Queens, Liz Phair, Janelle Monae, FKA Twigs. Nous avons malheureusement dû faire une croix sur Solange, Shonen Knife et Nina Kravitz en raison d’une programmation qui se chevauchait. Et nous n’avons pas honte de reconnaître que nous avons aussi profité des vingt dernières minutes très divertissantes de Miley Cyrus.

Guitaristes

Un peu moins de furie de guitare donc lors de cette édition 2019, mais les groupes qui peuvent parfois gratter une corde s’en moqueront sans doute : Courtney Barnett (une future grande dame, faites-nous confiance), Suede ( qui tel de le Phoenix renaît de ses cendres avec conviction), Mac de Marco (un habitué et animateur sur le podium… et par la suite, il fit de même  pour nombre d’autres artistes), Tame Impala (pour ce trip audio-visuel) et Interpol (encore toujours, comme on dit aujourd’hui : cool AF). Nous fûmes aussi agréablement surpris par le fait que Shellac, l’un de nos préférés, fut promu d’un recoin du site vers un podium plus important pour y ravir un public en conséquence plus important.

Intense et relax

La qualité et la quantité des stands de nourriture et de boissons se sont encore améliorées, mais sur ce plan, nos festivals n’ont actuellement rien à envier à Barcelone. Le public très international fait parfois penser à celui d’un Tomorrowland avec une offre plus variée, où les vibrations oscillent au rythme de chacun entre l’énergie débordante pour l’un ou l’autre podium et l’envoi du message “je me trouve dans la SEAT chillout zone” vers son groupe whatsapp. Et à moins de vous faufiler – de votre propre initiative – dans la hotzone au pied du podium, vous n’aurez quasiment jamais le sentiment à Primavera d’une atmosphère oppressante ou d’un manque d’air. Bien que cette vue sur mer et cette brise marine y seront sans doute pour quelque chose.

Primavera Sound moment nr. 7

Chaque matin, généralement vers 4h, nous considérions que cela suffisait et qu’il était temps de rentrer… pour encore rester une heure à regarder ou à danser tout en prenant le chemin vers la sortie. Lorsque nous nous engouffrions enfin dans le métro, nous nous engagions à jeter dès le lendemain un oeil à cette révélation sur Spotify ou YouTube. Et aussi de venir tout de même un peu plus tôt le lendemain, afin de profiter encore une heure de la plage sur la plaine du festival. Ce métro, d’ailleurs, tout comme un nombre important de bus réservés spécialement pour l’occasion, continuent à rouler toute la nuit.

Soyez intelligent

Celui qui souhaite ajouter Primavera Sound à sa liste de festivals, a tout intérêt à s’y prendre tôt. Les premiers tickets seront déjà mis en vente cet été et coûteront environ 30% moins cher que si vous les achetez dans les mois qui précèdent les dates proprement dites du festival (l’année prochaine en mai-début juin). Trois grands hôtels se trouvent également à proximité de la plaine du festival. Pensez à réserver une chambre à la même période pour un prix très attractif. Vous pourrez généralement aussi annuler cette réservation sans frais jusque peu avant le festival. Vous vous trouverez à distance de marche de la plage et à un quart d’heure du centre-ville en métro. Et depuis peu, on a appris qu’à côté de Barcelone et aussi de Porto depuis quelques années, Primavera aura l‘année prochaine un petit frère à Los Angeles.